Denis Diderot (1713-1784) avec ses Salons avait ouvert la voie. Il s’agirait, d’abord dans un style quasi épistolaire, de faire découvrir à un lecteur non averti les œuvres exposées dans les salons, organisés par l’Académie Royale. Au XIXème siècle la critique s’installerait définitivement dans un genre littéraire où quelques noms célèbres - Charles Marie Georges Huysmans, Emile Zola, Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Eugène Fromentin, Champfleury, les frères Goncourt - imposeraient leur point de vue.

Le débat esthétique ferait rage et l’écriture viendrait tour à tour éreinter ou supporter la démarche de l’œuvre plastique. Le salon est au carrefour de cette confrontation. Edmond et Jules de Goncourt n’y voient « que des nez en l'air, des gens qui regardent avec toutes les façons ordinaires et extraordinaires de regarder l'art » (Manette Salomon, 1867). Les expositions universelles (1855, 1867, 1878 et enfin 1889) apporteront aux artistes l’aura internationale. Elle les place cependant sous le feu des plumes les plus acérées. Un Stendhal affirmera ainsi que « la peinture n’est que de la morale construite » quand un Hugo, à propos d’Eugène Delacroix, aura ce jugement couperet, si l’on en croit son fils Charles qui rapporte ses propos : « il lui manque ce qu’ont toujours cherché et trouvé les artistes suprêmes, peintres ou poètes – la beauté. »

Ave la presse qui se développe, les artistes peintres doivent affronter un public toujours plus grand. La critique n’en est que plus meurtrière. Les « salonniers » s’adressent aussi à des experts, les marchands d’art, qui peuvent faire ou défaire une carrière.

Honoré de Balzac avait dénoncé cette toute puissance, en s’en prenant avec force dans son roman Pierre Grasso (1839), à ces critiques d’art qui n’avaient pas vu grandir les Ingres, Géricault et autres Delacroix.

Emile Zola apportera quant à lui une forme plus moderne de la critique quitte à percuter de plein fouet les artistes dont il suit le parcours. "Tous les maîtres ont commencé par être lapidés, concède-t-il, ils n'ont grandi que dans la lutte". Dans son approche impitoyable, il n’épargnera personne, à commencer par son ami Paul Cézanne qui se reconnait dans son roman L’œuvre (1886) dans le portrait d’un peintre raté. « Ne reste pas un être sans nom, portant une toge salie de peinture. » avait-il conseillé à Cézanne et le blessant d’autant.

C’est sans doute Baudelaire qui résume le mieux le rôle du critique d’art et son achoppement nécessaire avec celui qui la subit : « pour être juste, c'est-à-dire pour avoir sa raison d'être, dit l’auteur des Fleurs du Mal, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c'est-à-dire faite à un point de vue qui ouvre le plus d'horizons ». Ou les ferme.

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