Le mouvement impressionniste n’aura duré qu’une quinzaine d’années (1870-1884), mais son influence comme sa notoriété, se sont installées durablement et perdurent dans le monde pictural. Les fondateurs ou les membres du groupe des Impressionnistes se résument à une poignée d’hommes et de quelques femmes. Il y eut les précurseurs, Frédéric Bazille, Eugène Boudin, Johan Barthold Jongkind, puis les fondateurs, Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Paul Cézanne, Edgar Degas, Gustave Caillebotte, Armand Guillaumin, Max Liebermann, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Berthe Morisot. Les membres encore dont Mary Cassat. Et tous ceux qui les côtoyèrent, subirent leur influence, s’en inspirèrent parfois : Edouard Manet, Vincent Van Gogh, Paul Gauguin, Georges Seura, Joaquin Sorolla y Bastida, Eva Gonzalès… Une galaxie d’une richesse infinie qui marque la rupture sans appel entre l’académisme et l’art moderne.

Paul Cézanne s’inscrira dans cette révolution en marche et dans celle que l’on désigne comme post impressionniste. Elle se prolongera au XXème siècle avec de nombreux mouvements picturaux en France comme partout dans le monde : expressionnisme, fauvisme, cubisme… Cézanne est considéré comme « le père de l’art moderne » selon l’expression attribuée à Matisse ou Picasso. C’est dire combien est nombreuse sa descendance et combien l’homme d’une « timidité souffrante », selon le témoignage d’Emile Zola, aurait eu difficulté à supporter la charge. Il n’empêche, et le mot est de Gustave Geffroy, critique d’art et cofondateur de l’académie Goncourt, il restera comme « le précurseur d’un autre art ».

Paul Signac expliquera à son tour (« De Delacroix au néo-impressionnisme », essai) en quoi la technique de Cézanne a révolutionné, en particulier, le traitement de la couleur. Cézanne, s’inspirant de divers travaux qui lui étaient contemporains, expliquait ainsi « la nécessité d’introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l’air. ». Pablo Picasso lui emboîterait le pas : « en 1906, l'influence de Cézanne, ce Harpignies (ndlr : peintre paysagiste) de génie, pénétra partout. L'art de la composition, de l'opposition des formes et du rythme des couleurs se vulgarisa rapidement ».  Les disciples de Cézanne s’installent du coup dans le réalisme le plus revendiqué comme dans l’abstraction la plus audacieuse.

Dans la rupture comme dans le continuum avec l’impressionnisme, on inclura aussi les Van Gogh, Gauguin, ou encore Seurat.

Georges Seurat (1859-1891), comme ses amis impressionnistes, s’est plongé dans les travaux du chimiste Michel Eugène Chevreul comme dans les théories de Charles Blanc. Il invente sa propre technique que l’on nommera pointillisme, divisionnisme ou néo impressionnisme.
Vincent Van Gogh, ce mélancolique actif comme il se définissait lui-même, préférait « peindre les yeux des hommes que les cathédrales ». C’est la mission qu’il attribuait à l’art qui aura sans doute marqué ceux qui s’en inspirèrent. « Dans un tableau je voudrais dire quelque chose de consolant comme une musique. Je voudrais peindre des hommes ou des femmes avec je ne sais quoi d’éternel, dont autrefois le nimbe était le symbole, et que nous cherchons par le rayonnement même, par la vibration de nos colorations ».

Paul Gauguin, ne souscrira pas à la générosité de Van Gogh et le troublera même, se moquant de ce travail au cœur de la nature revendiqué par les impressionnistes et Van Gogh. Il est cependant dans ce courant qui en finit avec les règles pour inventer d’autres possibles : « L'artiste ne doit pas copier la nature mais prendre les éléments de la nature et créer un nouvel élément. »

D’autres encore au crépuscule d’un XIXème siècle foisonnant ouvriront les passages vers la modernité. L’impressionnisme aura eu la vertu de bousculer l’usage pour redonner à l’art sa mission première : la création.

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