Le château d’Auvers-sur-Oise ne constitue pas seulement un magnifique écrin destiné à faire vivre l’héritage des impressionnistes. Il abrite également en son sein une curiosité architecturale plongeant ses racines dans l’antiquité, dont il ne demeure en France qu’une dizaine d’exemplaires semblables.

On y accède par un escalier étroit, dont la voûte oblige le visiteur à incliner la tête. Il suffit de descendre quelques marches pour que déjà le tumulte de la vie de château et la chaleur estivale s’estompent, à l’ombre des pierres fraîches. L’édifice est de taille modeste.

C’est une petite pièce circulaire, de quatre mètres de diamètre tout au plus, couverte d’un dôme borgne laissant filtrer une lumière ténue. Au centre, un bassin rappelle la fonction première des lieux : le Nymphée est un sanctuaire dédié à l’eau. Ou plus précisément aux Nymphes, des divinités féminines secondaires issues de la mythologie grecque. Jeunes filles en âge d’être mariées, ces dernières étaient associées dans l’antiquité aux ressources de la nature, et plus spécifiquement à l’eau. La légende veut d’ailleurs que l’une d’elle se soit réfugiée dans une grotte et transformée en source pour échapper au dieu Pan. Très tôt, les Romains rendirent hommage aux Nymphes, en donnant une allure architecturale à des grottes naturelles d’où jaillissaient des sources considérées comme sacrées. A ce titre d’ailleurs, les Nymphées constituent l’une des premières compositions paysagistes connues. Il faudra néanmoins attendre la Renaissance, et la résurgence de la culture antique qui l’accompagne, pour que ces édifices ressuscitent. Débarrassés de la dimension cultuelle des origines, mais pas de leur charme rustique, ils prirent dès lors la forme d’antres artificiels au décor inspiré et bâti autour de la présence de l’eau. En peu de temps, leur vogue se propagea dans toute l’Italie jusqu’à la cour des Médicis, qui s’empressèrent de l’introduire de l’autre côté des Alpes. Les Nymphées se répandirent ainsi dans les jardins français au cours du XVIIè siècle, et pénétrèrent même ceux du Versailles de Louis XIV. Bien évidemment, le château d’Auvers ne manqua pas de céder au goût de l’époque…

L’un des derniers Nymphées de France

Bâti aux alentours de 1765, le Nymphée d’Auvers est situé dans l’axe de la façade arrière du château, à l’emplacement de l’ancienne orangerie nord. Il ne servit longtemps que de simple cave, avant de retrouver sa vocation initiale. Si la fontaine et les vasques qui composaient ses jeux d’eau ont depuis longtemps déserté sa niche centrale, le reste de la grotte est demeuré intact. Coquillages, pâte de verre et meulière – cette roche siliceuse utilisée jusqu’à la fin du XIXè siècle dans la construction de meules à grains dont elle tire son nom – recouvrent encore ses murs. Le prince Louis-François de Bourbon Conti, propriétaire du château à partir de 1765, ne devait d’ailleurs pas dédaigner ce décor savamment ornementé, puisqu’il décida d’y apposer son monogramme, toujours visible dans l’oval central. Les amateurs de design minimaliste ne seront sans doute pas sensibles aux formes géométriques des panneaux compartimentés que dessinent les galets, ni par les guirlandes de coquillages qui les rehaussent. Qu’importe. Le Nymphée d’Auvers n’est pas une simple curiosité architecturale : il constitue l’un des derniers témoignages d’une mode passagère ayant résisté au passage du temps. Il ne reste en effet qu’une poignée d’édifices semblables en France – une dizaine tout au plus. Pour savoir si votre inclination vous porte davantage du côté de l’histoire que de celui de l’épure, il vous suffit de vous rendre au château, de descendre quelques marches, tête baissée, et de pénétrer le sanctuaire…

INFORMATIONS VISITEURS


Du 1 er octobre 2018 au 31 mars 2019

Les  portes du parcours culturel du Château d’Auvers

VISION IMPRESSIONNISTE « NAISSANCE & DESCENDANCE »

ouvrent de 10h à 17h 

Fermeture annuelle
du samedi 22 décembre 2018 au lundi 14 janvier 2019 inclus