Longtemps, les peintures murales du château se sont dérobées au regard des visiteurs. Un précieux patrimoine datant du XVIIIè siècle que la mise en place de la nouvelle scénographie a permis de mettre au jour au printemps dernier. Pas épargnées par le temps, ces oeuvres ont été confiées aux bons soins de l’atelier de restauration Arcoa, dont le travail minutieux apparaît ici en pleine lumière. 

 

« Ce n’est pas à nous de décider : c’est l’image qui nous guide. »

Jean-Sylvain Fourquet, gérant de l’atelier de restauration et conservation d’oeuvres d’art Arcoa, nous éclaire sur celle dont les peintures murales du château ont fait l’objet, et dont il a supervisé le chantier. Un travail minutieux et patient, dont il nous livre ici les secrets.

Pouvez-vous nous présenter les oeuvres mises au jour au printemps dernier ?

Ce sont de peintures murales datant du XVIIIè siècle, se présentant sur les deux murs d’angle d’une pièce qui devait sans doute être un salon. Il s’agit de scènes historiées, encadrées par un décor de panneaux simulés à l’aide de moulures en trompe-l’œil. On y trouve des paysages caractéristiques de l’époque, surmontés de cartouches représentant des scènes de guerre. Une marine figure quant à elle au-dessus de la porte d’entrée.

Qu’en est-il de leur qualité ?

Nous sommes en présence de belles peintures murales, dotées d’une facture très intéressante. Elles ont malheureusement été exécutées par des artistes qui n’avaient pas un grand souci des supports, et qui ont peint à même la pierre. La préparation est très « maigre », ce qui prouve que l’image était privilégiée au-delà de toute autre considération. 

Ont-elles déjà été restaurées par le passé ?

Les peintures en elles-mêmes remontent au XVIIIè siècle. Cependant les jeux de moulures et les encadrements ont été restaurés au XIXè siècle. Lors de la dépose des boiseries, nous avons d’ailleurs découvert les soubassements et les encadrements qui étaient ceux des peintures XVIIIè, reconnaissables à leurs ocres jaunes (alors que ceux du XIXè sont beaucoup plus sombres, conformément à la facture générale de l’époque).

Dans quel état était les peintures lorsque vous les avez découvertes ?

Elles ont été dissimulées durant plusieurs décennies derrière des lambris. Elles ont  souffert de leur fixation, de purges diverses et variées, et présentaient de fait des lacunes relativement importantes. Il a par conséquent fallu effectuer un gros travail d’assainissement et de consolidation. 

Qu’avez-vous entrepris en matière de peinture ?

Nous sommes restés sur une peinture assez minimaliste, dans le sens où nous n’avons pas fondamentalement réintégré toutes les lacunes. Nous avons juste suggéré par des glacis, ou des techniques qu’on appelle le pointillisme et le « tratteggio », une présentation générale des décors dans leur état actuel.

Pourriez-vous nous en dire davantage sur les techniques que vous avez employées ?

Si l’on s’approche des peintures, on voit par exemple des usures sur les troncs d’arbre. Elles étaient beaucoup plus marquées avant que l’on intervienne. Le travail de mon collaborateur a consisté à faire des « petits points » foncés pour retrouver la forme du tronc qui était devenu assez fantomatique. Ces petites touches ont en quelque sorte « calmé » la forte usure dont il souffrait. Il reste bien sûr des traces de cette usure, mais désormais l’image peut vivre avec ce degré d’altération. Elle ne nuit pas à sa lecture, à sa compréhension. Ce constat est également valable pour certaines lacunes des moulures, qui ont été reprises et rebouchées. En partie haute, elles ont été réintégrées par une série de « petits traits » - le fameux tratteggio auquel je faisais référence tout à l’heure. Avec cette succession de traits exécutés les uns à la suite des autres, on parvient à retrouver la facture de la moulure. 

Comment peut-on restaurer une peinture lorsqu’elle se présente dans un état de dégradation avancée ?

L’image nous est ici apparue avec beaucoup d’altérations. Dans ce genre de situation, on ne sait pas précisément ce que la peinture va devenir. Néanmoins, nous en avons une idée. L’objectif consiste alors à faire en sorte que l’image puisse s’exprimer par elle-même, tout en gardant à l’esprit qu’une image peut s’exprimer en dépit des lacunes. 

Une fois ce constat établi, comment vous-y prenez-vous concrètement ?

Nous commençons par traiter tout ce que l’on connaît. Nous allons ainsi nettoyer, refixer, et consolider toute image apparente. Les accidents et les trous sont rebouchés avec un enduit au mortier de chaux. Puis nous posons ensuite des tons plats, avant de passer à la couleur. 

Il doit s’agir d’une étape cruciale…

Oui, car c’est la couleur qui commence à animer l’image. A partir de ce moment-là, on retouche tout ce qui nous gêne, tous les détails, et l’image finit par reprendre forme progressivement. C’est de cette façon que les troncs d’arbres dont je parlais tout à l’heure sont « revenus » : ils étaient très endommagés, mais en les repiquant comme je l’expliquais précédemment, la forme est réapparue. Les pierres que l’on voit ici (il désigne sur l’une des peintures des rochers, dont on ne soupçonne pas la nouveauté) témoignent également de cette démarche. Graduellement donc, l’image reprend vie, et ce n’est plus à nous qu’il appartient de décider : c’est elle qui nous guide. 

Dans quelle mesure ?

Nous, nous regardons l’ensemble. Nous avons un équilibre chromatique et iconographique à respecter. Mais à un moment donné les choses basculent, et nous ne pouvons plus dire : « Je vais faire ceci, ou cela. » C’est l’image qui nous dit : « Si vous voulez que je parle, il faut faire ça, j’ai besoin d’une retouche là. » C’est en étant en quelque sorte « à l’écoute » de l’image que celle-ci peut reprendre vie.

A propos d’Arcoa

L’atelier a été fondé en 1970 par Jean Claude Bouyer et Jean-Augustin Vidal, deux anciens collaborateurs de l’atelier Mallessey, respectivement formés à la restauration au musée Paul Getty de Los Angeles, et à l’ICCROM (Centre International d’études pour la Conservation et la Restauration des Biens Culturels) de Rome. Arrivé dans l’entreprise en 1987, Jean-Sylvain Fourquet en assure désormais la gérance. Les 34 collaborateurs de l’atelier travaillent aujourd’hui dans la France entière. Rompus à la restauration et à la conservation des monuments historiques, ils assurent la conduite de chantiers touchant aussi bien à la statuaire qu’à la peinture sur chevalet.

INFORMATIONS VISITEURS


Du 1 er octobre 2018 au 31 mars 2019

Les  portes du parcours culturel du Château d’Auvers

VISION IMPRESSIONNISTE « NAISSANCE & DESCENDANCE »

ouvrent de 10h à 17h 

Fermeture annuelle
du samedi 22 décembre 2018 au lundi 14 janvier 2019 inclus