Vincent Van Gogh était destiné à être pasteur. C’est une autre foi qui l’animait pourtant, lorsqu’il rejoint Montmartre, ce village haut perché de Paris, en 1886. Son œuvre dans sa période dite « hollandaise » avait favorisé le gris et sa palette se composait pour l’essentiel de coloris foncés.

Mais il a découvert les estampes japonaises - particulièrement la gamme de couleurs vives d’Housoukaï et ses « Cent vues du Volcan Fouji » -  et il va abandonner les clairs obscurs pour des contrastes soutenus et puissants. Il ose s’aventurer, pour avoir étudié la théorie des couleurs d’Eugène Delacroix, dans le blanc et le gris, puis, le rouge et le vert. Vincent Van Gogh va devoir cependant quitter Montmartre et ce ciel baudelairien « bas et lourd » qui pesait sur lui « comme un couvercle ».

Van Gogh recherche éperdument les contrastes les plus fins autant que la complémentarité de couleurs dans un jeu d’opposition singulier. Le rouge et le vert, le bleu et l’orange, le jaune et le violet, vont sous sa brosse nerveuse, entrer en osmose. L’austère hollandais s’engage avec jubilation sur le chemin tracé par ses amis de l’avant-garde, à commencer par les impressionnistes, ou encore un Adolphe Monticelli, dont il admire les bouquets insolents de couleurs.

En ce mois de février 1888, le train l’amenait à Arles où le mistral glacé fouettait le sang, autant qu’il éblouissait l’œil. La « haute note jaune », que le peintre s’entêterait à atteindre, était partout dans cette ville rurale et industrieuse. Du soleil qui s’immisce dans les rues médiévales, aux tournesols qui triomphent dans la Camargue sèche, en passant par cette maison jaune en cœur de ville où l’artiste investit un quatre pièces. Il va peindre là quatorze mois durant, avec, comme il l’écrit à Théo son frère, « l’entrain d’un Marseillais mangeant la bouillabaisse ».

Il ose tout, espérant attirer, en son refuge provençal, ses amis, en un atelier collectif où il imaginait tous les enthousiasmes à venir. Paul Gauguin en sera, neuf semaines durant, pour sa plus grande souffrance et pour nourrir sa folie autodestructrice.

Il est heureux pourtant ce temps arlésien, où Vincent libère sa touche, laissant au bout du périple, 300 dessins et peintures. Comme à Montmartre où il courait après les paysages, Van Gogh dessine, avec la seule couleur, tout ce que le hasard met sur la route de ses marches solitaires. Du domaine des Alycamps, au Canal d’Arles à Bouc, du pont de Trinquetaille à celui de Langlois, de la place du Forum aux champs des moissons, il capte chaque vibration, mouvement, incandescence. L’embrasement envahit ses toiles et son cerveau.

Tout fait sens ou impression pour lui, dans ce pays arlésien qu’il raconte aussi en portraits ou en natures mortes. Les ouvriers des ateliers ferroviaires qui prospèrent en cette fin de siècle, ou ceux des salins proches, ont tout autant que les hommes et les femmes des champs, croisé un jour le visage creusé de cet étranger taiseux. Certains dirent même qu’il inspirait la peur. Fadaises, Arles qui a résisté à plusieurs épidémies de choléra est plus indifférente qu’intriguée par ce barbu qui passe ou s’amarre au comptoir d’une maison, là où quelques filles font commerce de leurs charmes.

Van Gogh s’épuise dans un délire qui le ronge, autant qu’il le comble. Sa folie créatrice le dévore. Il était venu à Arles en quête de lumière, d’harmonie, de couleurs. Il en repart, épuisé, mutilé, angoissé pour se réfugier à Auvers où sa courte vie s’achèvera. Il aura réalisé en une décennie 2000 tableaux et dessins.

 

 

 

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