Arrière-petit-neveu du peintre vénézuélien Emile Boggio, Xavier Boggio a élu domicile à Auvers, comme son illustre aïeul. Voilà maintenant près de trente ans que cet artiste plasticien joue avec la matière avec une ambition : abolir la frontière entre sculpture et peinture. Petit détour par l’atelier d’un infatigable travailleur. 

Xavier Boggio n’a pas la sévérité des traits de son illustre aïeul Emile Boggio. Ni cette rigueur compassée qui semble servir de tuteur au peintre vénézuélien sur les portraits qui peuplent l’ancien atelier du maître. Tempes grises, barbe de deux jours, paupières lourdes : l’homme a davantage l’allure d’un médecin urgentiste sorti de 48 heures de garde que d’un artiste plasticien.

La fatigue qui assombrit l’éclat de ses yeux bleus, Xavier Boggio ne la doit pourtant ni à des points de suture, ni à des massages cardiaques. C’est à sa relation avec la matière qu’il doit ses cernes. Une relation entamée il y a plus de trente ans, à une période où, après des études d’architecture d’intérieur, il décida de devenir sculpteur. « J’ai commencé par être tailleur de pierre, rembobine-t-il, et à l ‘époque mon modèle, c’était Rodin. Pas tant pour sa production artistique à proprement parler que pour son approche globale. Cet apprentissage a duré dix ans. ». S’ensuivront deux années de formation aux Beaux-Arts de Paris. Xavier Boggio a alors 28 ans, et travaille sur le béton. Il le modèle, le transforme en stèles, en arrache des morceaux pour y faire entrer des objets. Le « côté organique des choses » le passionne.

Si sa rencontre avec le ciment s’avère fructueuse, c’est un autre matériau qui va bouleverser sa vie. « J’ai découvert la résine par accident, se remémore-t-il. Je devais réparer une sculpture et j’ai eu besoin d’un peu de résine pour y parvenir. C’est comme cela qu’elle est entrée dans l’atelier. » Quelques essais et accidents de paillasse plus tard, elle finira par y élire domicile. « C’est ma compagne depuis 20 ans. », résume-t-il en souriant. Plus qu’une compagne, la résine est devenue une muse qui a permis à l’artiste de rapprocher peinture et sculpture. « Quand je l’ai découverte, l’idée que ces deux disciplines pouvaient se réunir a très vite germé. Tout mon travail est alors allé dans cette direction : abolir la frontière qui les séparaient. » L’oeuvre de Xavier Boggio parle d’ailleurs d’elle-même. Partout dans son atelier gravitent des stèles d’une grande finesse, à l’intérieur desquelles la patience, le temps, et la complicité instaurée avec le matériau ont fait pénétrer lumière, couleur et signes. 

Mille oeuvres, huit ans de travail

Après vingt ans de travail, l’artiste a fini par décrocher la peinture de la cimaise pour la faire entrer dans l’espace. Une peinture qu’il a d’ailleurs longtemps mise à distance, eu égard à l’héritage pictural familial. « Se confronter à une oeuvre pleine, achevée, comme celle de Boggio, aurait pu être une source d’angoisse, reconnaît-il. J’ai évité cet écueil en passant d’abord par la sculpture. Mais on voit bien que tout mon travail de sculpteur m’a peu à peu conduit vers la peinture. J’ai mis une vingtaine d’année pour en arriver là. »

Pour rattraper le temps perdu, l’artiste s’est lancé en 2008 un défi : peindre une oeuvre par jour durant un an. « J’aime l’approche sérielle. Se plonger tous les matins dans le travail finit en outre par enrichir le propos, car il n’y a pas de rupture dans la création. Et de temps en temps, des pièces superbes émergent. C’est comme cela que l’on avance : si on rêve une peinture, elle n’existe pas; il faut faire les choses. » Faire les choses… Ce mantra colle à la peau de ce travailleur acharné, qui reconnaît sans peine ne pas être né avec d’immenses prédispositions artistiques. « Je ne crois pas avoir eu un talent fou dès le départ. Pas comme Picasso, qui pouvait peindre comme un professionnel à l’âge de dix ans. Mais aujourd’hui, à force de travail, j’ai atteint une manière de peindre et de sculpter qui m’est propre, avec des outils qui m’appartiennent. », expose-t-il humblement. 

Cette constance dans l’effort, Xavier Boggio la met aujourd’hui à l’épreuve dans une nouvelle série intitulée « Les gens ». A l’arrivée, elle comptera mille pièces et lui réclamera huit à dix ans de travail. De quoi approfondir encore un peu plus sa relation intime avec la résine… et cerner davantage ses yeux.

http://www.ville-auverssuroise.fr/expositions/les-ateliers-boggio-2

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