A découvrir les œuvres des impressionnistes on s’installe dans le temps où ils vécurent et dont ils furent des témoins.

La chambre à coucher de Van Gogh

L’intérieur de la maison jaune où séjourna, à Arles, Vincent Van Gogh révèle un quotidien rustique et paisible. Avec « La chambre » l’artiste se joue de la perspective classique. Son traitement de la couleur apporte une vraie chaleur à cette évocation domestique. Quelques tableaux, dont un portrait de Jérôme Bosch, deux chaises, une table, sur laquelle on devine une carafe d’eau, un lit à une place… cette peinture à l’huile dit la simplicité, en même temps qu’elle souligne, étonnamment le caractère serein de ses heures arlésiennes. Van Gogh attendait Gauguin. Les tourments suivirent.

Le Pont-neuf de Renoir

Les paysages urbains furent des thèmes privilégiés par les impressionnistes. Ils racontent les villes comme ici Paris en 1872. Le Pont neuf qui enjambe les deux bras de la Seine à hauteur de l’île de la cité permet à Pierre Auguste Renoir d’offrir au spectateur, depuis le deuxième étage d’un immeuble de la rive droite de la Seine, un instantané riche d’informations. Une circulation dense, des militaires au képi rouge, des femmes portant capeline, une marchande des quatre saisons, la statue d’Henri IV, des réverbères, en contre-bas un établissement de bain, façon pavillon de Baltard, c’est le Paris vivant de l’après-guerre de 70. Un tableau autant que la photographie d’une époque.

Une marine de Courbet

La vague (1869) de Gustave Courbet dit toute l’émotion que les impressionnistes ont ressenti en découvrant la mer. Horizon instable, nuages en mouvement, vagues menaçant un frêle esquif échoué sur le sable… tous les éléments conjuguent à une dramaturgie picturale inédite. Courbet réussit en maîtrisant des couleurs sombres que quelques touches de blanc accentuent encore à recréer cette impression de puissance et de menace des éléments marins. D’autres marines de l’artiste, ou d’autres impressionnistes, diront d’autres émotions. Sortis de leurs ateliers ils découvrent la puissance du réel. Ils se coltinent à lui avec un appétit insatiable.

Les déchargeurs de charbon de Monet

Le siècle des impressionnistes est aussi celui de l’industrialisation. Il faudra un Zola pour dire la dureté de la condition ouvrière mais Monet depuis le train qui le conduit à Paris offre cette vue saisissante sur une berge de la Seine industrieuse, au ciel enfumé, et où un théâtre d’ombres dit l’harassant va et vient des ouvriers déchargeant le charbon de lourdes péniches.  On est déjà au temps des usines, des cadences éprouvantes, des bêtes humaines. Claude Monet témoigne par la dureté des tons choisis, du vert au gris, de l’impitoyable réalité qu’il a sous ses yeux. Le contre-jour dilue, estompe les formes, et les hommes qui se croisent ne sont plus que des ombres. La tristesse domine ce tableau.

La moisson d’Eugène Pissarro

Pontoise, Eragny, Auvers, Monfoucault ou encore Osny. C’est le train qui va rapprocher Camille Pissarro de ces villes et villages et d’autant de paysages ruraux. Il encouragera Cézanne à s’y immerger pour poursuivre sa quête artistique. Lui, malgré ses difficultés à vivre de son art, y excelle pour immortaliser la ruralité dans sa simplicité primitive et sa fusion avec la nature. La moisson (1882) représente des paysans hommes et femmes confondus dans une même gestuelle. Les gerbes ramassées iront enrichir les meules dans un champ à l’horizon duquel on devine un village et la demeure d’un châtelain au sommet d’une colline. Les couleurs où le jaune et le vert dominent disent la chaleur mais nul accablement chez les moissonneurs. Des heures tièdes et tranquilles.

L’absinthe d’Edgard Degas

« La fée verte » fit des ravages au XIXème siècle. Les impressionnistes n’échappèrent pas à l’attrait de cet alcool meurtrier. A la Nouvelle Athènes, un des repères montmartrois des peintres, Edgard Degas fige sur la toile le regard perdu d’une actrice, Ellen Andrée, ou, lointain, d’un peintre et graveur Marcellin Desboutin. Leur déroute associée est lisible. Le gris, le marron et le noir, donnent à la scène un ton mortifère. Le cadrage peu conventionnel choisi par Degas ajoute à la solitude des modèles, sur lesquels, à la manière d’un photographe, il a zoomé. Il rase le premier plan où des journaux reposent sur le marbre de tables bistrot. Point central, le verre d’absinthe, cause de tout.

Honfleur le port d’Eugène Boudin

Tout, dans le traitement de la perspective, appelle au départ. Sauf que dans ce tableau de 1862 Eugène Boudin met en scène un terre-neuvas qui accoste et dont les voiles s’affalent. Il fallait un artiste natif de ce port pour savoir, à ce point, saisir la lumière qui porte au large, comme elle éclaire les premiers plans où des hommes et des femmes s’affairent. Le ciel occupe dans les œuvres de Boudin une place de choix. Il occupe grande partie des toiles et souligne d’autant les architectures rondes ou acérées des bateaux qui s’y trouvent. On accédait en train à ce lieu de partances. Mais voulait-on le quitter ?

Bal masqué à l’Opéra d’Edouard Manet

La prostitution n’occupe pas que la rue au XIXème siècle. Cabarets, maisons closes, tiennent le haut du pavé, mais encore des lieux plus raffinés où les aristocrates et les bourgeois aiment à venir lutiner. L’Opéra et ses danseuses est un terrain de chasse et il suffit d’un bal masqué pour trouver sa proie. Manet s’en amuse en 1873 avec cette meute de hauts de forme – sous lesquels quelques-uns de ses amis –  où quelques jeunes femmes jouent les ingénues. Sous les ors, la débauche. L’image est saisissante de réalisme. Théophile Gautier écrira dans un poème l’impression qui s’en dégage « l’habit qui sert au bal, comme à l’enterrement ». 

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